Zola*, mars 2057.

Lettre de l’Institut Zolien de Timbrubrou.

À Timburbrou, le 28 mars 2057.

Chers collègues,
Nous préparons le lancement de la série Zola* à l’Inria. A cette fin, nous aurions besoin d’articles louangeurs sur notre projet, et ce, en français, anglais, espagnol, allemand, italien et chinois.
La série est tirée d’un roman collectif : Les soirées de l’Inria, clin d’œil aux Soirées de Médan qui réunissaient, autour d’Émile Zola, des écrivains de ses amis. Dans ce roman, un groupe d‘étudiants fait vivre des personnages littéraires dans le décor improbable d’un laboratoire de l’Inria. Des événements troublants commencent à se produire dont voici l’explication : Zola* s’est introduit dans les ordinateurs de l’Inria.
Qui est Zola* ? Vous n’êtes peut-être pas sans savoir qu’un vaste projet de modélisation du cerveau humain, le Human Brain Project (HBP) est actuellement en cours. Le premier cerveau modélisé a été celui d’Émile Zola. Une faille de sécurité a permis au code informatique de l’esprit de l’écrivain de s’échapper. C’est ce code que nous appelons Zola*, avec un astérisque, pour le différencier de Zola, l’homme en chair et en os. Que Zola* se soit dirigé spontanément vers l’Inria n’est pas étonnant, car, parmi tous les ordinateurs connectés au site du HBP, celui d’une chercheuse avec laquelle nous travaillons était le seul qui contenait quelque chose de zolien1.
Zola* cherche à exister ; il veut quitter le monde virtuel et accéder au réel. Cela crée toute une série de troubles à l’ordre public. Des groupes d’autodéfense se forment qui, exaspérés par l’impuissance des autorités, entreprennent de faire la chasse de Zola*. La série se fait l’écho de tout cela.
Dans la mesure où aucun épisode n’a été tourné et ne risque de l’être dans un futur immédiat, les journalistes-étudiants doivent chroniquer une œuvre inexistante, ce qui comporte l’avantage considérable de les mettre à l’abri des erreurs ou des inexactitudes et celui, supplémentaire, de les dispenser de voir l’œuvre2. La contre-partie de cette facilité est de toujours se montrer bienveillant à l’égard de la série. Nous nous permettons de rappeler à tous ceux que le procédé choquerait que le commentaire d’œuvres inexistantes est un genre littéraire honorable et que, pour nombre de critiques, c’est lui qui fait la principale originalité de l’œuvre de Borges.
Notre idée est de demander des contributions aussi en dehors du lycée, dans des établissements d’autres pays, par exemple.
Souhaitez-vous collaborer avec nous dans ce projet ?
Trismegisto, Gotreo, Calafayato.

1Zola* n’a pas eu conscience tout de suite d’être un code informatique.     Vous imaginez donc sans mal sa sidération de se voir en compagnie     de algorithmes et de chercheurs en intelligence artificielle plutôt     qu’avec Huysmans, Maupassant et tutti quanti

2Qui sait, peut-être que les meilleures critiques inspireront des metteurs en scène qui tourneront les épisodes chroniqués ? La nôtre est une entreprise de littérature matricielle® : nous créons des matrices (les chroniques que nous vous demandons,     par exemple, et proposons à quiconque le souhaite de les remplir).

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