Quelques réflexions sur la question des voyages

Le coût élevé du voyage à Tlön a suscité des débats. Nous voudrions proposer ici quelques réflexions sur la question.
Le code de l’éducation prévoit l’égal accès de tous au service public d’éducation. En qualifiant d’égal l’accès de chacun au service public d’éducation, le Législateur nous indique qu’il n’entend pas seulement garantir l’accès à l’École, mais aussi que cet accès se fasse en des conditions d’égalité entre les élèves. C’est ainsi qu’aucune sortie pédagogique ne peut être effectuée qui ne serait pas accessible à nos élèves handicapés ou que ces sorties doivent être gratuites pour tous les élèves : on ne peut pas faire payer pour quelque chose qui s’insère dans l’enseignement. Notre administration porte une attention toute particulière au respect de cette exigence, nous a informé Vestringia Sirita lors d’un conseil d’administration récent.
Lors du dernier CA, il a été dit aussi qu’un voyage scolaire s’insère dans un projet pédagogique ; à défaut, il s’agirait de voyages de tourisme, que nous n’aurions pas vocation à organiser. Si tel est le cas, un problème évident se pose à nous, puisqu’au vu de ce qui a été indiqué plus haut, ces voyages devraient être gratuits.
Bien entendu, la disparition de la tradition bien établie du voyage scolaire serait préjudiciable au plus haut point pour notre établissement. Il nous semble que l’on peut cependant résoudre la contradiction en partant d’une distinction claire entre deux types de voyages : les voyages de loisir et les voyages pédagogiques. Les premiers, payants, seraient organisés par les élèves et les associations des parents avec la participation d’enseignants volontaires. Les seconds, gratuits, seraient organisés par l’établissement.
Voyages de loisir.
Ces voyages interviendraient en première et en seconde pendant la période où ces élèves, en raison des épreuves du baccalauréat, n’ont souvent pas cours (nous nous interrogeons, au demeurant, sur la licéité de cette suspension de l’enseignement, mais cela est une autre histoire1). Il serait fixé un plafond financier au-delà duquel l’activité ne pourrait pas être effectuée pendant le temps scolaire. Rien n’empêcherait, bien entendu, les associations ou les parents, d’organiser à titre privé et en dehors du temps scolaire des voyages dépassant le plafond fixé par l’établissement.
Sur le long terme, nous plaidons pour un système tel que celui que Georges a connu en Belgique, pendant sa scolarité outre-quiévrain dans les années 80 du vingtième siècle : les voyages de loisir ont lieu pendant les vacances.
Voyages pédagogiques.
Chaque élève de notre établissement se verra proposer au cours de sa scolarité un séjour d’une semaine en famille dans un pays dont il étudie la langue. Ces séjours se feront en partenariat avec des établissements étrangers avec lesquels notre établissement aura conclu des accords. Ils constitueront de véritables immersions dans le pays d’accueil. L’élève se rendant dans l’établissement partenaire œuvrera à nourrir les échanges entre ses camarades et ceux de l’établissement qu’il fréquente pendant son séjour. Ces échanges se déroulent de façon régulière pendant l’année par voie électronique et impliquent des activités d’écriture et de conversation. Ces séjours sont gratuits.
Financement.
L’élève en voyage séjourne en famille, chez un camarade. Les frais à prendre en charge sont, pour l’essentiel, ceux du transport. Une simulation effectuée à l’instant pour un trajet Bruxelles-Barcelone du 10 au 17 janvier nous donne un prix de 10 euros. Pour les mêmes dates, nous obtenons un montant de 338 euros pour un déplacement entre Bruxelles et Tlön. Étant donné le faible nombre d’élèves étudiant les langues de Tlön et la position géographique favorable de notre région, le coût total par élève devrait se situer clairement plus près de celui que représente un voyage à Barcelone que de celui d’un voyage à Tlön. De tels montants nous paraissent facilement finançables.
Bien entendu, la solution que nous proposons n’est pas sans inconvénient. Elle nous paraît cependant la plus raisonnable dans le contexte réglementaire et social qui est le nôtre.
Georges Vestinkos,
Esteban Nierenstein,
élus au CA, représentants des personnels enseignants.

1Nous prévoyons d’interroger le ministre sur cette question. Peut-on, pendant une semaine, consacrer l’entièreté du temps de travail de plusieurs enseignants à une activité payante dont sont exclus les élèves dont les familles ont des ressources insuffisantes pour qu’ils y participent ?
On affirme souvent que les voyages scolaires permettent aux enfants des familles défavorisées d’effectuer des déplacements qu’ils ne sont pas en mesure de faire d’ordinaire. Cependant, le fait de situer les voyages pendant le temps scolaire peut donner à penser que ce dont il s’agit, c’est de ne pas interférer avec les vacances privées des familles aisées. Dans cette hypothèse, l’allocation du temps de travail des enseignants à ces voyages pendant le temps scolaire priverait de façon injustifiée les élèves les plus modestes d’enseignement afin de permettre l’encadrement des élèves participant au voyage payant.

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