Prédire le comportement de l’administration

Un cadre pour ce texte ? : Lisez Histoire d’une critique, 10 mars 2026

Le mercredi 25 mars 2026, j’ai envoyé une critique circonstanciée à l’inspectrice X concernant un dispositif pédagogique destiné à enseigner le conflit israélo-palestinien qui avait fait l’objet d’un webinaire s’étant déroulé à Timburbrou. Dans le courrier qui l’accompagnait mon texte, j’indiquais que le texte serait publié le 4 mars 2026 sur mon blog. Je proposais à madame l’inspectrice de me transmettre ses commentaires, que je publierais également. Je précise que mon courrier contenait une demande de communication de documents qui n’est pas concernée par la présente prédiction.

A ce jour, samedi 28 février, je n’ai pas reçu de réponse. Cette note a pour but d’effectuer une prédiction raisonnée de ce que sera la réponse institutionnelle à ma démarche, mais aussi à faire échouer cette prédiction. Elle est donc une prédiction auto-destructrice, ce qui signifie qu’elle a pour but d’empêcher la réalisation de ce qu’elle annonce.

Je pense que l’administration choisira le silence et qu’elle modifiera de façon incrémentale et discrète son dispositif. Cette prédiction se fonde sur le comportement passé de l’institution et sur l’analyse de la situation présente.

Le comportement passé de l’administration

Le comportement constant de l’administration a été (à l’exclusion de mes demandes de communication de documents) de ne pas donner suite à mes courriers ou à mes écrits. La seule exception à ce silence a été un recommandé envoyé par le Recteur, qui s’est prolongé par une réunion au rectorat. Depuis, le courrier date de juillet 2017, il n’y a pas eu de réaction aux textes publiés sur ce blog, alors que je continuais à écrire et à publier après avoir ignoré les injonctions du rectorat.

Je pense que la stratégie de l’administration est intelligente si l’objectif (court-termiste) poursuivi, est de se protéger et de ne pas reconnaître ses erreurs ou ses fautes en reléguant à un second plan l’intérêt des élèves et celui, bien compris, de l’institution. Répondre à mes courriers, ce serait les sortir de leur confidentialité.

La situation présente

Mon texte (comme on pourra le lire bientôt) critique un dispositif pédagogique et il fait de l’endossement par l’institution de ce dispositif l’occasion de critiquer plus largement la politique pénale en matière d’apologie du terrorisme et l’action de la France concernant le génocide de Gaza.

Théoriquement, l’administration pourrait admettre la maladresse du dispositif et rejeter la critique au sens large, mais elle ne le fera pas, parce qu’accorder qu’il y a eu faute dans ce qui fonde ma critique du dispositif, c’est déjà légitimer la conclusion à laquelle la critique initiale conduit. Comme pour le passé, l’administration estimera que répondre à mes critiques, c’est leur donner de la visibilité et que c’est le silence qui la protège le mieux.

Une correction incrémentale et discrète

Je pense que l’administration comprendra qu’il y a des problèmes dans le dispositif qu’elle a promu. Le reconnaître ouvertement est, pour elle, impossible. Je crois que l’administration choisira de procéder à des ajustements aussi discrets que possible et qu’elle s’efforcera de présenter ces ajustements comme émanant d’elle-même ou des auteurs du dispositif.

Un prédiction autodestructrice

La présente prédiction est autodestructrice.

Je choisis toutefois de laisser le choix à l’administration de s’en saisir ou pas : je publie cette prédiction, mais ne la lui adresse pas explicitement. L’administration pourra, si elle le souhaite, l’ignorer. Etant donné le caractère confidentiel de ce blog, cette prédiction ne sera donc autodestructrice que si l’administration choisit de la prendre en considération et si elle craint que son comportement soit regardé ultérieurement comme ayant ignoré cette prédiction librement accessible sur ce blog.

J’estime qu’adresser cette prédiction à l’administration serait un comportement trop agressif.

Fermer des portes pour une sortie par le haut

Qu’on me comprenne bien : formuler cette prédiction autodestructrice n’a pas pour but d’embarrasser l’administration. Il s’agit de fermer des portes pour favoriser une sortie par le haut.

Pour les raisons exposées supra, la réponse la plus probable de l’administration est le silence. Ce que je souhaiterais, cependant, de la part de l’administration pour laquelle je travaille et dont je n’attends pas la perfection, ce serait une réaction qui reconnaîtrait les erreurs commises et s’employerait à les éliminer. Cette administration accepterait la critique et la délibération publique.

Je ne crois pas que ma demande soit excessive, utopique ou irréaliste. Je crois que notre administration est, sur certains sujets, tétanisée et manifeste une peur excessive de la contradiction et du débat. Je crois que, mise en cause dans ses pratiques d’une manière qui est, certes, sévère, mais argumentée, elle devrait accepter un débat ouvert. Il me semble qu’une institution qui reçoit de la Nation la mission exigeante de rechercher l’adhésion aux valeurs de la République et de favoriser le jugement critique et la délibération argumentée ne devrait se soustraire ni au premier ni à la seconde.

Un mot final pour les agents concernés par cette affaire

Chère collègue, cher collègue,

Mon action a pu troubler votre tranquillité, ce qui me navre. Comme indiqué précédemment, tel n’était pas le but.

Je vous imagine engagé.e au bénéfice de l’école et de nos élèves. Mais je vous vois pris.e par la nécessité de défendre une institution qui ne veut pas se dédire.

La prédiction que vous venez de lire cherche à discréditer la stratégie du silence, qui est celle qui m’a toujours été opposée. D’où le titre de cette section : je essaye de fermer la porte du silence pour qu’on sorte par le haut, en empruntant la voie, plus fructueuse et plus exigeante, de la délibération publique.

Bien à vous,

SN.