Borges, l’IA et les transformations des textes que nous effectuons en classe. Consultations avant le cours.

Borges and AI, Léon Bottou, Bernhard Schölkopf, https://arxiv.org/abs/2310.01425

Chères et chers élèves,

Je vous soumets le cours que je prépare. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques.

SN

En relisant Uqbar, Tlön, orbis tertius, j’ai été frappé par le nombre d’idées qui anticipent des caractéristiques de ce que l’on appelle communément l’intelligence artificielle. J’ai fait une recherche avec les termes « Borges AI » et je suis tombé sur l’article mentionné plus haut, de Bottou et Schölkopf. J’ai fait des recherches sur les auteurs et ai constaté que ce sont des gens sérieux.

Nous avons déjà travaillé sur des récits de Borges, mais il y a une chose dont je ne vous ai pas parlé : Borges aime parler de livres inexistants. Il y a un sous-ensemble de ces derniers qui a attiré l’attention des auteurs de l’article cité plus haut, celui des livres impossibles à écrire. Les auteurs, qui sont des mathématiciens, font une remarque que j’ai aimée : Borges parle des livres impossibles à écrire comme les mathématiciens parlent des nombres impossibles à écrire, tels que le nombre π, qui, possédant un nombre infini de décimales, est donc impossible à écrire complètement.

Mais je ne veux pas trop entrer pour le moment dans le détail de l’article ou dans les récits de Borges. Je veux juste vous parler de l’idée qu’il m’a donné pour les cours de la semaine prochaine.

Dans l’article, il est question des transformations que l’on peut faire subir à un texte. C’est sur cette idée que je vous propose de travailler.

Quelles transformations peut-on faire subir à un texte ? Je dirais qu’elles sont de deux ordres. D’une part, celles qui ne nécessitent pas qu’on connaisse le contenu du document. D’autre part, celles qui, au contraire, impliquent de connaître le contenu du document.

Je rangerais dans le premier type de transformations celles-ci : « si le texte est au présent, mets-le au passé » ou « dans chaque phrase, remplace un mot par un synonyme en modifiant le moins possible le sens du texte ».

Dans le deuxième type, une transformation telle que celle-ci : « Dans le texte que nous avons lu, Francisco Ferrari surgit et défie ceux qui ont insulté les deux femmes. Écris la suite de l’histoire en imaginant que ce n’est pas Ferrrari qui surgit, mais une tortue qui roule sur un skate-board« .

Les transformations du premier type ont du sens pour presque tout texte. Celle que j’ai donnée en exemple pour le deuxième ne s’applique qu’au texte El Indigno, de Borges.

Bien entendu, vous ne pouvez pas exécuter les transformations du premier type sans lire le texte, sans en prendre connaissance. Mais la distinction que j’effectue entre les deux types de transformations ne concerne pas leur exécution, mais leur formulation.

Je vous propose de nommer les opérations du premier groupe transformations générales et celles du deuxième groupe transformations particulières.

Nous allons nous efforcer de constituer une liste de transformations générales, celles donc qui ne requièrent pas que nous connaissions le texte auquel nous les appliquons.

Quelques transformations générales

  1. « si le texte est au présent, mets-le au passé »
  2. « si le texte est au passé, mets-le au présent »
  3. « dans chaque phrase, remplace un mot par un synonyme en modifiant le moins possible le sens du texte ».
  4. « dans chaque phrase, remplace autant de mots que possible par des synonymes en modifiant le moins possible le sens du texte »
  5. « mets au pluriel, autant que possible, les mots qui sont au singulier »
  6. « effectue la transformation inverse »
  7. « mets au style indirect les dialogues »
  8. « mets au style direct les propos rapportés »
  9. « remplace le tutoiement par du vouvoiement »
  10. « exagère ce que dit l’auteur »
  11. « rends ridicule ce que dit l’auteur »
  12. « rends le texte incompréhensible en changeant le nombre le plus bas possible de mots »
  13. « enlève 10 % (ou 20, ou 30 %) des mots de ce texte en essayant d’altérer le moins possible son sens »

Avez-vous d’autres transformations générales à proposer ? Quelles sont celles, parmi les transformations proposées, qui sont dépourvues d’intérêt pour votre apprentissage ? À votre avis, quelles compétences linguistiques doit-on posséder pour effectuer ces transformations (ou certaines d’entre elles) et obtenir un texte grammaticalement correct ? Vous aurez une interrogation écrite dans laquelle il s’agira d’effectuer certaines de ces transformations. Vous pourrez consulter votre cahier pendant l’épreuve. Que devez-vous y mettre pour la réussir ?

Je termine en citant Borges, l’un des auteurs que nous avons le plus massacré ou trahi :

Inversamente, la página que tiene vocación de inmortalidad puede atravesar el fuego de las erratas, de las versiones aproximativas, de las distraídas lecturas, de las incomprensiones, sin dejar el alma en la prueba.

https://www.literatura.us/borges/dellector.html