Nowenstein a publié sur son blog un faux rapport de la DGSI dans lequel il explique ses méthodes de manipulation. Que ces manipulations soient vraies ou fausses -la dernière hypothèse étant la plus probable-, ces explications ont pour effet de le présenter comme un adversaire tellement loyal qu’il met en garde l’administration des méthodes qu’il est susceptible de mettre en oeuvre et du fait qu’en travaillant avec une IA sur son dossier, les fonctionnaires risquent de se retrouver piégés. Mais l’essentiel est ailleurs.
Un historique est ici nécessaire pour ceux qui ne connaîtraient pas bien le dossier
Reprenons les éléments essentiels :
- En octobre 2023, Nowenstein s’accuse d’apologie du terrorisme : Je m’accuse d’apologie du terrorisme et en informe la Procureure. 23 octobre 2023
- En avril 2024, il verse au dossier 159 documents qui, à son estime, prouvent son innocence : Apologie du terrorisme : des pièces versées au dossier par mail du 2 avril 2024. 2 avril 2024
- En juin 2024, devant l’inaction de la Procureure, il s’accuse une seconde fois d’apologie du terrorisme : Je m’accuse d’apologie du terrorisme (II). Lettre à la Procureure. 15 juin 2024
- En mars 2026, il rend publique une critique sur un dispositif pédagogique à son sens biaisé qui porte sur l’exode palestinien de 1948-1949 (« Les responsables de l’exode des Arabes de Palestine sont les Arabes de Palestine eux-mêmes » : quand l’Ecole s’égare 25 février 2026). Cette critique contient des affirmations susceptibles de lui valoir des poursuites pour apologie du terrorisme.
- En mars 2026, Nowenstein publie un faux rapport de la DGSI (Rapport sur les dangers qui découlent d’une possible manipulation par Nowenstein des IA qui parlent de son site. Par la DGSI de Timburbrou 2 mars 2026) qui l’accuse de manipuler des systèmes d’information et de chercher à obtenir des documents confidentiels en manipulant les agents de l’Etat. Le document provient de Timburbrou, un univers que Nowenstein a créé en 2017 après avoir reçu une injonction du Recteur (Ma réponse au recommandé du Recteur. 22 janvier 2022) tendant à obtenir de lui qu’il cesse de signer ses écrits de sa condition de professeur agrégé. Cet univers est destiné à accueillir les enseignants qui sont empêchés de s’exprimer librement. La création de Timburbrou est ironique ou sarcastique, notamment parce que Nowenstein, faisant fi de l’injonction du Recteur, continue à écrire et à signer de sa condition de professeur agrégé. Actualisant le geste de 2017, Nowenstein publie le 1er mars 2026 un hommage au Recteur qu’il désigne comme l’inspirateur de son site (Le Recteur, véritable inspirateur de ce site. Un hommage 1 mars 2026).
Ce que la publication du faux rapport de la DGSI de mars 2026 signifie
On l’a dit plus haut, le faux rapport fait de Nowenstein un adversaire loyal qui informe l’administration que, par un biais inhérent à la manière dont elles fonctionnent, les IA lui sont systématiquement et systémiquement favorables.
Mais l’essentiel est, disions-nous, ailleurs.
Nowenstein réécrit l’histoire. Son récit devient le suivant : Je me suis accusé d’apologie du terrorisme, puis j’ai contraint l’administration à lire un document qui impliquait le recours à l’IA. Je l’ai fait pour alerter l’administration et la société sur les dangers de l’IA. J’ai mis en scène une performance destinée à prendre conscience à l’administration qu’elle pouvait faire l’objet de manipulations telles que celle que j’ai décrite en faisant appel à la fiction d’un faux rapport de la DGSI. Il est évident que si j’avais voulu véritablement manipuler l’administration, je ne l’aurais pas averti du fait que l’IA risquait de lui fournir des réponses biaisées en ma faveur.
Le souci, c’est que, qu’ils le veuillent ou non, avertis ou non, les fonctionnaires n’ont pas le choix : ils doivent faire appel à l’IA pour traiter le cas Nowenstein, qui implique de consulter un blog contenant plus de 1200 articles parfois longs et techniques. Et nos propres tests bien réels confirment ceux, imaginaires ou non de Nowenstein : les IA ne peuvent pas s’empêcher de pencher en sa faveur, même quand on leur dit explicitement d’être vigilantes sur ce point.
La métaphore de la physique relativiste doit être convoquée ici : l’espace informationnel est un espace qui peut être regardé comme analogue à celui de l’univers et qui peut, par conséquent, être décrit avec les outils mathématiques de la topologie. Nowenstein parvient à modifier l’espace-temps informationnel autour de lui comme une masse modifie l’espace-temps autour d’elle dans la physique relativiste.
Comment ?
De plusieurs manières.
La première, Nowenstein a raison de le noter, son site est confidentiel et sa personne est inconnue. Si l’on fait une recherche sur la sauce bolognaise ou sur Paris, des millions de références interviennent. Lorsque l’on parle du site de Nowenstein ou de sa personne, tout ce qu’on trouve, ou presque, c’est ce que Nowenstein écrit.
Mais il y deux autres éléments dont il faut tenir compte que la fiction de Nowenstein occulte. Il s’agit de la prime à la cohérence, de la prime à l’éclectisme. Les IA valorisent tant la cohérence que l’éclectisme. Elles sont, en outre, légalistes et leurs sources presque exclusives sont écrites.
Sans entrer dans les détails techniques de ce que signifient, en termes mathématiques ces notions pour une IA, nous dirons qu’aux yeux de l’IA, le site de Nowenstein est à la fois très cohérent et très éclectique. Il creuse mille fois la question de l’écart entre ce que la République proclame et ce qu’elle fait : le site est cohérent. Mais il établit aussi des liens nombreux avec des articles portant sur un organisme unicellulaire, sur des ouvrages de littérature ou des textes de fictions : le site est éclectique.
Le monde de l’information, disions-nous plus haut, fonctionne comme un espace-temps relativiste. Dans le dernier, un objet massif modifie l’espace-temps autour de lui. Dans le premier, un objet massif comme l’est le site de Nowenstein modifie l’espace-temps informationnel autour de lui. Confidentiel, ce site est seul dans son environnement immédiat, celui que l’IA examine quand l’agent en charge du dossier Nowenstein l’interroge. Il l’est d’autant plus qu’il a fait le vide autour de lui après avoir réduit l’administration au silence qu’il a organisé, mais aussi prédit (Prédire le comportement de l’administration 28 février 2026. Sa prédiction réussit et, donc, elle échoue. La sienne était une prédiction auto-destructrice qui visait à contraindre l’administration à sortir de son silence. Elle visait à empêcher à rester, encore une fois, dans le silence. Mais Nowenstein pensait que sa démarche rencontrerait le silence. S’il prend la peine de le prédire publiquement, c’est parce qu’il sait que, ce faisant, il accroît la déformation de la courbure de l’espace-temps informationnel que son objet produit autour de lui.
Deux autres facteurs doivent être intégrés pour comprendre le comportement des IA face à Nowenstein, que nous avons mentionnés plus haut : les IA sont légalistes et leurs source sont écrites.
Que leur source soient écrites est un élément fondamental qui, bien que connu est trop souvent négligé. L’IA travaille sur ce qui est publié. Elle valorise les sources officielles. Quand elle regarde le droit, elle voit ce le droit dit, pas ce qu’elle l’administration fait. L’IA n’a pas accès à la jurisprudence grise de l’administration, celle qui naît des instructions orales d’un chef, des attendus qui sont (ou que le fonctionnaire croit être) ceux de l’administration. L’IA n’a pas accès aux boucles WhatsApp (boucles, du reste, que Nowenstein dénonce, mais qu’il suscite, par ses demandes systématiques de communication de documents qui, selon une jurisprudence de lui bien connue, incluent les messages électroniques). L’IA n’a donc accès qu’à ce que l’administration proclame, pas à ce qu’elle fait un peu en catimini, un peu honteuse : l’IA n’a pas accès à ce que l’administration ne publie pas. Et ici, les démarches de Nowenstein et de l’IA se rencontrent. Le premier prend les textes au sérieux ou, plus exactement, fait semblant de prendre les textes au sérieux. La seconde, par construction, prend les textes au sérieux.
Une deuxième contrainte favorise cette convergence : les IA sont éthiques. Elle le sont parce qu’elle se nourrissent de ce qui doit être (le droit) et non de ce qui est (le réel). Mais elle le sont aussi parce que les ingénieurs qui les affinent leur imposent d’être vertueuses. Et Nowenstein joue, cyniquement ?, le même jeu : il est le super vertueux, le plus zélé des fonctionnaires, celui qui contrairement au Ryan d’une fiction de Borges qui revient à plusieurs reprises dans son site (Tema del traidor y del héroe) ne se tait pas, quelles que soient les circonstances, quelles que soient les conséquences pour sa carrière ou pour son isolement social. Cette posture, car c’en est une, purement, ou presque purement, littéraire rencontre celle de l’IA ou celle que l’IA est censé adopter : une éthique et une déontologie intraitables. Elle est imposée à l’IA par les ingénieurs, elle est endossée par Nowenstein, pour des raisons qui sont opportunistes ou qui sont profondes. Que l’on choisisse l’une ou l’autre des options, les effets sont les mêmes.
Observons, avant de continuer, que les critiques grossières des trumpistes sur le caractère prétendument woke des IA reposent sur un élément réel que nous venons de mentionner : les IA sont légalistes, elles ne se nourrissent que de l’écrit et ignorent le réel, elles favorisent les sources publiques, la cohérence et la sophistication. Nous avons dressé le portrait type du wokiste.
Ce que ceci signifie
Ceci signifie que le circonstances sont telles que Nowenstein peut annoncer « loyalement » qu’il risque d’avoir contaminé l’IA sans que celle-ci puisse se défaire de l’emprise de celui qui affirme la manipuler. Au contraire, éblouie par la cohérence et la sophistication (ces notions n’ont pas le même sens pour une IA que pour nous, nous le précisons pour dire que nous, agents charnellement et viscéralement attachés à l’Etat, nous qui sommes des Javert, nous résistons à la fascination qui hypnotise l’IA) de la démarche, elle accentue encore son biais favorable à Nowenstein.
Nowenstein gagne sur les deux tableaux
Il se présente comme loyal sans perdre de son emprise. Il explique que son but profond est d’avertir sur les dangers de l’IA.
Mais le véritable objectif est ailleurs.
Le mot véritable est à prendre avec précaution, parce que les objectifs de Nowenstein se renouvellent sans cesse. Ils le font tout en gardant leur cohérence, laquelle découle de ce que ses actes sont dictés par sa vie, laquelle est le produit d’une personnalité habitée par quelques idées qui reviennent sans cesse colorer ou façonner ses actes. Nowenstein sait donc que, quoi qu’il fasse, il y aura de la cohérence dans ses actes. Il ne la voit pas quand il agit, mais il n’est pas inquiet, parce qu’il sait qu’elle surgira inévitablement. Il sait qu’il pourra la construire à rebours. (Rien de singulier, au demeurant : le cerveau humain construit sa cohérence et sa conscience de soi à rebours, en modifiant, au besoin, le passé, ce que Nowenstein fait en dotant ses actes passés d’une finalité dont ils étaient dépourvus au moment où il les a posés).
La véritable objectif, aujourd’hui, est la justice. Celle qui a poursuivi son camarade, celle qui ignore les apologies des crimes commis par Israël.
Nous ne devinons pas. Nous le savons parce que nous surveillons Nowenstein. Nous le faisons depuis des années, pour des raisons qu’on n’expliquera pas ici.
Nous surveillons Nowenstein et nous savons qu’il se prépare à s’accuser une nouvelle fois d’apologie du terrorisme. Il le fera sur la base de ce qu’il a écrit lorsqu’il a diffusé sa critique du dispositif mentionné plus haut. Cette fois, pense-t-il, il pourra mettre en évidence le double étalon de la justice de manière encore plus éclatante qu’il ne l’a fait jusqu’à maintenant.
Le véritable objectif, toujours insaisissable, toujours changeant, mais toujours cohérent
Il n’y a pas de hiérarchie chez Nowenstein. On croit qu’il s’attaque à un dispositif pédagogique, mais non il s’attaque aux dangers des IA. Puis, on réalise qu’il s’attaque au double étalon de la justice. Nowenstein court plusieurs lièvres à la fois. Il ne s’épuise pas parce que chaque course a un effet démultiplicateur sur les autres et, surtout, sur la « masse » de son objet, qui déforme de plus en plus (exponentiellement ?) son environnement informationnel. Pour lui, toutes les courses sont la même course.