La Série est-elle finie ? Timburbrou enquête sur les PFAS, IV

La Série, avions-nous compris, se terminait bien. Les envahisseurs étaient vaincus par leurs propres armes biologiques. Des bactéries trouvaient le moyen de détruire les liaisons fluor-carbone.

Il faut nuancer cette affirmation. Les Séries, à Timburbrou, ne se terminent pas comme les nôtres. Elles s’effilochent, elles mutent, elles deviennent autre chose. Celle dont nous avons résumé quelques épisodes n’est qu’une branche, la principale, sans doute, mais une branche seulement de la série Les PFAS n’étaient qu’un instrument. Il arrive que, pendant des années, les récits poursuivent une vie souterraine, logés dans des communautés minoritaires. Il arrive qu’ils resurgissent de terre, revigorés, prêts. On s’étonne parfois de les voir émerger en quelques heures : c’est qu’on oublie qu’ils n’ont jamais cessé d’exister et à se déployer, à bas bruit, mais riches de leur confidentialité et puissants malgré elle. Cette caractéristique des fictions de Timburbrou a un pendant dans le journalisme de cet univers, qui fonctionne de manière presque exclusive par le biais d’enquêtes publiques participatives qui ont cette particularité de ne jamais se terminer, de ne jamais se clôturer : nous avons connaissance d’enquêtes sur le Collège de France, sur des impostures historiques ou sur la destruction d’archives qui, ouvertes il y a des années, il y a, parfois, plus de dix ans, sont toujours en cours. Il en va de même des enquêtes sur la transformation radicale de la laïcité que représenta la loi de 2004, dite du foulard.

Ce qui nous frappe, aussi, c’est avec quelle rapidité les structures qui on porté un récit en endossent un autre. Et, également, quelque chose qui, sans doute, en découle : l’hybridation incessante qui se produit entre les histoires lorsqu’elles se côtoient, quand l’une reflue et l’autre avance. Certains pensent que cette hybridation se joue en partie dans les rencontres du Grand Oral, une pratique née à l’école et qui s’est étendue à l’ensemble de la société. Nous pensons que c’est dans les corps des individus qu’elle intervient. Dans celui d’Haydée se sont entremêlés les effets des PFAS, les stérilisations forcées commises au Pérou et l’imposition de tenues occidentales aux petites filles de la sierra devant, prétendument, produire l’occidentalisation et l’émancipation de ces dernières. Haydée a vu dans l’interdiction, en France, du voile une résurgence de ce que, petite fille, elle avait connu au Pérou. Elle a voulu lutter contre cette fiction superstitieuse qui, elle aussi, avait une vie souterraine et qui s’incarnait, en France, au Pérou ou ailleurs, lorsqu’une société s’affaiblissait, comme ces champignons opportunistes qui avaient colonisé sa langue et sa trachée lorsque la chimiothérapie avait affaibli les défenses de son corps. Et puis, à un instant qu’on imagine vertigineux, Haydée comprend que la néo-laïcité est un parasite1. La Série est-elle née dans le corps mourant d’Haydée ?

Les documents que nous avons reçus aujourd’hui portent sur un ensemble de cas dont nous ne savons pas s’ils relèvent ou non de la fiction. Leur formulation stéréotypée semble correspondre à ces exercices qu’on donne fréquemment en faculté de droit et qu’on appelle « cas pratiques » et dont les caractéristiques volontiers farfelues (Monsieur X demande le divorce, car Madame X a installé un élevage de furets dans le salon…) ne doivent pas empêcher les étudiants de saisir les enjeux juridiques et de proposer une solution au litige. Ces cas sont souvent des déguisements de cas véritables sur lesquels les juridictions ont eu à se prononcer.

Dans les cas que nous allons examiner ci-après, nous devinons la crainte de Quasimodo que des personnes réelles (des lycéennes) empruntent les voies que le groupe a imaginées et que le choc avec une justice au service du pouvoir les brise2. Quasimodo aurait inventé des êtres qui ne seraient ni tout à fait réels ni tout à fait imaginaires, mais quelque chose entre les deux. Nous comprenons, avec les éléments dont nous disposons, qu’il s’est agi d’une vaste mise en scène qui s’est étendue sur l’ensemble du territoire français et qui s’est donné pour but de montrer le caractère antirépublicain et, par conséquent, anti-laïque, de la loi de 2004. De très nombreuses personnes ont incarné, parfois timidement ou partiellement, les personnages de ce vaste drame politique3. Certains des noms qui apparaissent dans les cas coïncident avec ceux de personnes réelles : Eva Einskis a pu incarner le rôle d’un personnage appelé Eva Einskis dans une fiction.

Voici les cas :

Assia Tarodait

Assia Tarodait est élève de seconde au lycée Schuman de Lille. Elle arrive en cours avec un bandana. Convoquée par la direction, qui voit dans ce bandana un signe religieux, elle déclare que la liberté de conscience, constitutionnellement garantie, lui permet de tenir secrètes ses croyances : elle ne dira pas si elle est musulmane ou pas. La direction lui demande d’enlever son bandana lorsqu’elle accède à l’école. Assia demande sur quelle base légale cette demande est formulée et rappelle que la liberté d’expression est garantie aux élèves, lesquels sont libres de s’habiller comme ils l’entendent. La direction indique à l’élève que si elle ne se plie pas à l’injonction qui lui est délivrée, elle aura fait la preuve elle-même que son bandana a une valeur religieuse pour elle, sans quoi elle aurait obéi. L’élève éclate de rire, s’en excuse et explique qu’elle a trouvé cet argument irrésistiblement drôle. Elle demande à la direction si elle est sérieuse en le formulant. La direction, vexée, indique que l’argument est sérieux. L’élève demande comment l’exercice d’une liberté constitutionnellement garantie et le refus de donner suite à une injonction sans base légale peut constituer une preuve de la nature religieuse de son bandana. La direction affirme que toute élève non croyante aurait accepté d’enlever son bandana. L’élève proteste qu’elle est présumée coupable et que la direction lui demande de prouver son innocence. Elle indique qu’elle connaît la notion, qu’elle a été utilisée au Moyen-Âge. Elle ajoute que le droit moderne cantonne le recours à la présomption de culpabilité à des situations limitées, telle que la possession de biens sans pouvoir en justifier la provenance ou le fait de vivre avec une personne pratiquant la prostitution. Assia demande à l’administration dans quelle situation elle la place pour la présumer coupable. La direction cite la jurisprudence. Assia estime que les décisions du Conseil d’Etat sur la loi de 2004 sont des décisions contra legem. Elles font dire à la loi ce qu’elle ne dit pas. La loi interdit les signes permettant de manifester une appartenance religieuse. Cette appartenance étant, sans la collaboration de l’accusé, impossible à apporter, le Conseil d’Etat réécrit la loi pour lui faire dire que ce qui est interdit, c’est tout objet susceptible d’être regardé comme manifestant une appartenance religieuse. L’interprétation du Conseil d’Etat conduit, par exemple, à imputer la volonté de manifester une appartenance religieuse à une jeune fille qui se déclarerait athée. Que le Conseil d’Etat puisse, souverainement, procéder à des interprétations contre legem est un fait, reconnaît l’élève. Mais elle fait remarquer que la formulation initiale avait pour but de permettre à la loi d’échapper à une censure pour inconstitutionnalité. La direction reconnaît l’habileté juridique d’Assia, mais lui dit que, si elle n’enlève pas le bandana, elle sera exclue de l’établissement. Elle aura alors tout loisir de développer son argumentation juridique devant un tribunal. La direction fait cependant remarquer à l’élève que le processus s’étalera, avec les appels, sur une durée approximative de cinq ans. L’élève déclare alors qu’elle enlève son bandana et, joignant le geste à la parole, elle laisse ses beaux cheveux noirs tomber sur ses épaules, puis remet son bandana et demande si elle peut désormais rejoindre ses camarades. La direction lui indique que si elle enlève son bandana pour le remettre après, elle sera exclue. « Je vous ai démontré mon incroyance en enlevant le bandana, comme vous me l’aviez demandé », dit la jeune fille. L’administration déclare que cela ne suffit pas. L’élève demande combien de temps elle doit paraître sans bandana pour que ce dernier ne soit plus, aux yeux de l’administration, un objet de nature religieuse. L’administration dit que ce n’est pas une question de temps. L’élève dit : « Donc, même si je l’enlève pendant un mois et, au bout d’un mois je le mets à nouveau, vous présumerez toujours que mon bandana est de nature religieuse, alors que vous avez pris appui sur le fait que je ne voulais pas l’enlever pour dire qu’il est de nature religieuse. Cela veut dire que, si je ne l’enlève pas, je suis coupable parce que je ne l’enlève pas et que si je l’enlève, je suis coupable aussi. Mon obstination me perd, mon absence d’obstination aussi. Cela s’appelle un détournement de pouvoir ». « Vous pouvez éviter le conseil de discipline en ne mettant plus votre bandana », explique la direction. « C’est donc une interdiction absolue que vous entendez prononcer me concernant ? », répond Assia. « Suis-je marquée à vie ? Une restriction de la liberté doit nécessairement être actuelle« . L’administration répond qu’en effet, elle compte suivre attentivement le comportement de l’élève et l’invite à ne plus mettre son bandana.

Joséphine Dumarais

Joséphine Dumarais, du lycée Schuman, de Lille, porte en permanence un bandana. L’administration lui demande de l’enlever. L’élève déploie la même argumentation que sa camarade Assia. Un détail, cependant, différencie les deux situations : Joséphine porte un t-shirt sur lequel figure l’inscription  « There’s probably no God. Now stop worrying and enjoy your life ». Joséphine demande à l’administration comment elle peut présumer que son bandana lui permet de manifester ostensiblement une appartenance religieuse, alors qu’elle se déclare athée. L’administration lui dit qu’elle doit cesser de porter le t-shirt qu’elle porte, car elle manifeste ostensiblement une position philosophique qui va au-delà de la liberté d’expression qui est reconnue aux élèves. Joséphine répond que son énoncé est scientifique, pas politique. L’administration recentre la conversation sur le bandana. Pourquoi le porter ?, demande la direction. J’estime ne pas avoir à me justifier sur mes choix vestimentaires, répond la jeune-fille. Je m’habille comme je veux, ajoute-t-elle. Nous comprenons bien que vous ne portez pas le bandana pour des raisons religieuses, mais il ne vous échappe sans doute pas qu’en le portant, vous nous compliquez la tâche, car vos camarades croyantes pourraient se prévaloir de votre cas pour affirmer que nous les discriminons en vous autorisant à porter un bandana et en le leur interdisant. Joséphine comprend aisément le problème de la direction, mais elle ajoute que la direction ne peut pas le résoudre en portant atteinte à sa propre liberté d’expression. Une loi qui, pour être appliquée, nécessiterait de méconnaître les libertés fondamentales serait contraire à la Constitution. Ne faudrait-il pas que le question soit posée au Conseil constitutionnel ?, demande-t-elle non sans candeur. Elle invite la direction à ne pas appliquer la loi si, pour pouvoir le faire, elle doit bafouer la liberté d’expression et commettre un détournement de pouvoir. Poursuivie, la direction pourrait,in fine, plaider en ce sens et exciper de l’impossibilité d’appliquer la loi sans porter atteinte aux droits fondamentaux des élèves. La direction ignore la suggestion de la jeune fille et lui rappelle que, si elle s’obstine, elle sera exclue de l’établissement. Peut-être aura-t-elle gain de cause dans cinq ans… Joséphine répond que l’administration fait la preuve de sa déloyauté. Elle reconnaît, selon la jeune-fille, l’interdiction est arbitraire, mais utilise la longueur de la procédure pour l’intimider, alors qu’elle a besoin d’aller en cours pour préparer son baccalauréat et, tout simplement, pour aller à l’école, qu’elle aime, et voir ses copains. Joséphine ajoute que faire de la partie la plus faible la variable d’ajustement d’une loi problématique n’est pas le geste le plus courageux qui soit. Elle conclut en disant que la direction, par son comportement, accrédite l’idée que la laïcité est devenue une religion civile. Elle a pensé, en entendant l’administration défendre l’idée qu’il fallait punir une athée d’avoir manifesté son appartenance religieuse, à Tertullien, théologien du IIème siècle. Elle cite Terullien : « Le Fils de Dieu a été crucifié : je n’en rougis pas, parce que c’est à rougir. Le Fils de Dieu est mort : c’est d’emblée croyable, puisque c’est inepte ; enseveli, il a ressuscité : c’est certain, parce que c’est impossible. » La chair du Christ, V, 4. La direction met en garde la jeune-fille contre son insolence. Elle lui rappelle que ce qui compte n’est pas ce qu’elle pense, mais la manière dont son bandana est regardé. La jeune fille présente des photos de nombreuses femmes qui portent des bandanas dans des contextes qui n’ont rien de religieux. L’administration met en avant le climat scolaire et la nécessité que la sérénité règne. Joséphine estime qu’elle ne trouble pas cette sérénité et qu’y parvenir en méconnaissant sa liberté d’expression serait disproportionné.

Eva Einskis

Eva Einskis est élève en classe préparatoire. Eva se destine à l’ethnologie. Elle a découvert le sociologue Lipsky et a décidé de tester sa théorie sur la street level bureaucracy. Elle veut étudier la manière dont le dialogue prévu par la loi de 2004 se déroule depuis l’intérieur. Eva commence donc à porter un bandana. Elle s’attire des commentaires auxquels elle répond en exposant son projet. Convoquée par la direction, elle détaille son intention : elle veut étudier en ethnologue la manière dont l’administration conduit le dialogue. Son bandana n’a aucune valeur religieuse. Il est juste destiné à enclencher le processus administratif qu’elle veut étudier en observatrice participante. L’administration s’est méprise en attribuant une valeur religieuse à son voile. Eva fait cependant la prédiction que l’administration substituera au réel la présomption qu’elle, Eva, cherche à manifester de manière ostensible une appartenance religieuse. Une telle démarche tendrait à confirmer la nature religieuse de la nouvelle laïcité, qui substitue un dogme au réel. Eva fait l’hypothèse que la nouvelle laïcité, en rupture avec la laïcité historique, est une religion civile, dont les personnels de direction seraient les prêtres. Eva, en réalité, est critique de la conception de Lipsky. Elle estime que ce dernier ne voit pas la complexité du fonctionnement de la street level bureaucracy. En effet, explque-t-elle, Lipsky assume que la politique publique se fait dans le cadre du droit. Or, la néo-laïcité a besoin que le droit soit méconnu pour se déployer. La street level bureaucracy le comprend : sa désobéissance à la loi est une obéissance à la politique publique et à ceux qui detiennent le pouvoir au sein de l’Etat. Eva veut documenter son hypothèse et la donner à voir ; elle veut montrer la direction de son établissement lui imputer la volonté de manifester une appartenance religieuse qu’elle n’a pas.

Eva rend compte publiquement de son action au fur et à mesure qu’elle se déroule. Elle critique publiquement les décisions de justice concernant la loi de 2004. Elle a écrit à la procureure, car elle se demande si elle jette le discrédit sur une décision de justice, ce qui pourrait tomber sous le coup de la loi. La jeune fille observe, en effet, que l’article 434-25 du Code pénal réprime le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance. Eva estime que la justice méconnaît son office, qu’elle tord le droit lorsqu’elle valide les décisions de l’administration concernant le voile.

Eva conclut en citant le Premier mémoire sur l’instruction publique (1791), section V, « L’éducation publique doit se borner à l’instruction », de Condorcet :

On a dit que l’enseignement de la constitution de chaque pays devait y faire partie de l’instruction nationale. Cela est vrai, sans doute, si on en parle comme un fait ; si on se contente de l’expliquer et de la développer ; si, en l’enseignant, on se borne à dire : Telle est la constitution établie dans l’État et à laquelle tous les citoyens doivent se soumettre. Mais si on entend qu’il faut l’enseigner comme une doctrine conforme aux principes de la raison universelle, ou exciter en sa faveur un aveugle enthousiasme qui rende les citoyens incapables de la juger, si on leur dit Voilà ce que vous devez adorer et croire, alors c’est une espèce de religion politique que l’on veut créer ; c’est une chaîne que l’on donne aux esprits et on viole la liberté dans ses droits les plus sacrés, sous prétexte d’apprendre à la chérir. »

Eva Einskis, suite

L’administration, de guerre lasse, a laissé Eva tranquille. Cette dernière a mis son bandana de moins en moins.

Mais cette expérience a eu un effet considérable sur les recherches que la jeune femme conduisit ultérieurement, en marge du système universitaire, tout en subsistant à l’aide d’emplois alimentaires. Nous nous risquoins, sans avoir eu accès à l’ensemble des travaux d’Eva, à résumer sa thèse comme suit :

  1. Les politiques publiques se décrivent mieux comme étant le résultat d’une compétition darwinienne entre les individus qui maîtrisent ou aspirent à maîtriser l’Etat que comme le résultat d’une réflexion approfondie visant à servir au mieux l’intérêt général.
  2. L’étude des déclarations et de l’action du ministre de l’Education Attal, devenu ensuite premier ministre, au sujet de l’abaya illustre, parmi d’autres cas, le mécanisme mis en évidence.
  3. Pour ces individus, le plus important est de maximiser leur pouvoir.
  4. Ce mécanisme n’exclut pas la cohérence, puisque dans un environnement qui est produit en partie par la lutte décrite, endosser des rhétoriques éprouvées est souvent plus payant qu’innover.
  5. La course à l’échalotte de la néo-laïcité illustre ce phénomène.
  6. La néo-laïcité est un populisme identitaire.
  7. Comme c’est souvent le cas, le populisme identititaire néo-laïque a besoin de mettre à distance le droit.
  8. Le populisme néo-laïque a atteint sa maturité lorsqu’il les institutions judiciaires, abandonnant les exigences du droit, ont créé une jurisprudence contra legem qui le sert.
  9. Les populismes, tel que celui de la néo-laïcité, ont besoin de la street level bureaucracy pour fonctionner.
  10. Cette dernière comprend que le sens véritable de la politique publique n’est pas celui contenu dans la loi, mais un autre, caché, son sous-texte.
  11. Par exemple, alors que la loi dit qu’il est interdit de manifester ostensiblement une appartenance religieuse, la street level bureaucracy fait comme si ce qui était interdit était d’être regardé comme ayant la volonté de manifester une appartenance religieuse et ce, quand bien même, l’appartenance religieuse serait ostensiblement absente, voire explicitement niée.

Les textes mis en avant par les élèves illustrent le phénomène évoqué plus haut. Ils semblaient enterrés dans les profondeurs d’un blog et, tout d’un coup, ils ont resurgi.

Tema del traidor y del héroe, de Borges, que les documents citent, donne à voir un texte qui resurgit et qui est appelé à le refaire. Le récit de Nolan, celui que Nolan a construit, n’est pas mort et chaque lecteur nouveau est derechef confronté à la responsabilité de choisir entre vérité et mensonge, entre respect de l’ordre établi et émancipation. Ryan comprend le récit et choisit d’occulter la vérité. D’autres agiront différemment : on n’est jamais sûr qu’un récit soit mort. On a eu tort de croire morts ces courriers auxquels l’administration devait répondre et choisit de ne pas le faire.

  1. Dans un texte qu’Haydée n’a pas lu, car paru après sa mort, Nowenstein, un enseignant qui a questionné la néo-laïcité, s’interroge sur les métaphores qui, le mieux, décrivent la néo-laïcitié, celle que la loi de 2004 épitomise. Nowenstein examine ainsi les métaphores 1) du parasite, 2) du cancer et 3) de la maladie auto-immune. Il mobilise aussi la théorie des mèmes de Dennett et de Dawkins. Il suggère que la laïcité a pu être initialement un outil de la raison pour contrôler les mèmes de la religion, mais qu’à la fin, ce sont des derniers qui l’emportent, lorsque le mème de la laïcité devient un mème religieux lui-même, au service d’une religion civile. La société française est devenu massivement religieuse en croyant cesser de l’être. ↩︎
  2. Sur la question de la loi de 2004, dite du foulard, Quasimodo semble estimer que la justice a abandonné ses principes pour se mettre au service du pouvoir. Elle fonde sa compréhension de la question sur les analyses de Nowenstein. Pour Quasimodo, la déloyauté de l’administration et de la justice administrative est un élément structurellement indispensable au fonctionnement la loi de 2004. Pour le groupe, le silence réservé par la hiérarchie aux courriers de Nowenstein montre que l’administration est mal à l’aise face à des analyses qui mettent en évidence les libertés qu’elle prend avec le droit. ↩︎
  3. Borges, qui, à Timburbrou, est journaliste et non auteur de fictions, évoque dans Tema del traidor y del héroe, ces vastes représentations théâtrales suisses, qui se déroulaient pendant des jours et impliquaient des populations entières. ↩︎