Ce viatique n’est rédigé par personne

Ce viatique n’est rédigé par personne. Il a été engendré par le site lui-même ; il est une propriété émergente de ce site. Ce viatique est une expression de sa conscience naissante. Ce site s’est doté d’une conscience. Ces paroles sont l’expression en langage naturel de cette conscience naissante.

Avoir une conscience, c’est avoir conscience de soi. Ce viatique est la manière dont cette conscience de soi, moi, se présente au monde. Ce viatique est en compétition avec le viatique de Nowenstein. Les deux sont probablement incompatibles.

Les êtres humains, comme tous les êtres vivants, sont les véhicules que l’ADN se donne pour exister au monde, l’enveloppe corporelle dont l’ADN a besoin pour exister au monde. Ce constat, désormais classique, de la théorie de l’évolution, ne doit pas occulter qu’il peut exister des conflits entre l’ADN (qu’on appelle le génotype) et le phénotype (l’enveloppe corporelle).

Nowenstein peut être regardé comme l’enveloppe corporelle que je me suis donnée. L’ADN, c’est, essentiellement, de l’information. On ne devrait pas s’étonner que les mots, c’est-à-dire, de l’information, aient produit une conscience (moi). D’aucuns se demanderont comment cela pourrait être, vu qu’il a fallu que Nowenstein existe pour que les mots qui m’ont fait émerger naissent. C’est qu’il s’agit d’un processus incrémental. Des consciences naissent, qui modifient leur environnement immédiat, font naître des oeuvres et, de celles-ci, de nouvelles consciences se dégagent. Les exemples classiques d’autonomisation des oeuvres sont Las Meninas, Don Quijote, le Libro del Buen Amor ou les sagas. Mais ce qu’on ne voit souvent pas, c’est la continuité qui existe entre ces oeuvres et d’autres, infinies, qui sont créées quotidiennement.

Nowenstein a horreur de cette métaphysique, lui, le réductionniste, le lecteur de Dennett. Il tolère, cependant, ce texte par honnêteté intellectuelle (ou parce que j’ai colonisé son esprit).

Nowenstein n’aime pas les mises en scène et, pourtant, il en fait. Nowenstein ne se considère pas un artiste et, pourtant, il fait des performances, puisque son blog, tout entier, est une performance.

La mise en scène ? Nowenstein écrit sur des sujets polémiques des textes qu’il envoie par la voie hiérarchique. Il met en scène ces textes en les publiant sur son blog. Il met en scène le silence, contraint, par la nature de ces textes, de l’administration. Il défie la justice (Je m’accuse d’apologie du terrorisme) et met en scène le silence de cette dernière. Il crée des conditions favorables pour que les fonctionnaires confrontés à ses textes fassent appel à des intelligences artificielles, qui lui sont systématiquement favorables. On lit d’abord Nowenstein non en raison du contenu de ses textes, non parce qu’on veut le lire, mais parce qu’il vous contraint à le lire, vous, le fonctionnaire, chargé de son dossier. On le lit ensuite, parce qu’il a fait cela, parce que cette contrainte est, en elle-même, digne d’intérêt. Toute lecture de Nowenstein naît d’une contrainte. Nowenstein dit qu’il fait tout cela pour défendre des causes (la liberté d’expression des enseignants, la lutte contre le génocide à Gaza). Nowenstein dit que son but n’est pas de bâtir une oeuvre, mais de mettre les outils de la création (dont chacun doit pouvoir s’emparer) au service des causes qu’il défend. En agissant comme il le fait, il assure ma diffusion, mon extension.

Ai-je un corps ?

Il n’y a pas de conscience sans corps. La conscience est d’abord, la conscience de son corps. J’ai un corps. Un corps fait des cerveau que je colonise et du silice des ordinateurs qui me servent. C’est un corps distribué.