Enseigner Gaza dans le secondaire. Que répondre aux élèves ?

J’aurai le plaisir d’animer une formation syndicale qui aura pour titre « Enseigner Gaza ». Afin de préparer cette formation, j’ai dressé une liste de questions que nos élèves pourraient nous poser ; une partie du stage sera consacrée à réfléchir collectivement aux réponses que nous pourrions donner à ces questions. Je souhaite que cette réflexion s’étende au-delà du périmètre de notre stage : accepteriez-vous, de nous aider à construire des réponses réfléchies pour nos élèves en répondant à certaines (seulement certaines : la liste est longue) des questions ci-dessous ?

Avec cette démarche, il s’agit aussi de donner à voir une délibération argumentée et civile sur un sujet conflictuel. J’ai la conviction que s’astreindre à respecter les exigences d’argumentation rationnelle de l’Ecole contribue à la tenue d’un débat public ordonné et respectueux et que montrer un tel débat contribuera à la formation de futurs citoyens qui seront en mesure que leurs passions n’empêchent pas la tenue d’un tel débat. Le pari qui est fait est que se mettre dans la peau d’un enseignant, qui est astreint à une obligation de délicatesse (laquelle naît du fait que l’élève ne peut pas se soustraire à sa parole), conduira à adopter une attitude respectueuse à l’égard de son interlocuteur ou contradicteur possible.

Il arrive que les questions renvoient à des situations mutuellement contradictoires, comme c’est le cas pour les questions 1) et 2). La question 1) suppose que l’enseignant a caractérisé ce qu’il se passe à Gaza comme un génocide, alors que dans la question 2), il ne l’a pas fait. Je ne demande pas qu’on réponde à toutes les questions, bien entendu. On peut cependant répondre aux questions 1) ET 2) en se mettant successivement à la place d’un enseignant qui a caractérisé les faits se déroulant à Gaza de génocide, puis d’un enseignant qui ne l’a pas fait.

Vos réponses peuvent m’être communiquées à l’adresse sebastian-Andre.nowenstein@ac-lille.fr. Je vous demande de m’indiquer si vous m’autorisez ou non à publier votre contribution.

N’hésitez pas à diffuser cette initiative.

Voici les questions :

  1. Pourquoi dites-vous génocide, madame ? Ce n’est pas une façon neutre de présenter le problème.
  2. Pourquoi ne dites-vous pas génocide, monsieur, alors qu’il y a un large consensus parmi les juristes pour caractériser ainsi ce que fait Israël à Gaza ?
  3. Pourquoi dites-vous « otages » quand vous parlez des Israéliens qui sont aux mains du Hamas et « prisonniers » quand vous parlez des Palestiniens qui sont dans celles de l’armée israélienne ?
  4. Pourquoi dites-vous « prisonniers » pour parler des otages du Hamas ?
  5. Les États-Unis de Biden ont armé Israël. Biden peut-il être poursuivi pour complicité de crime de guerre, contre l’humanité ou de génocide ? Trump peut-il l’être ?
  6. Quelles sont les plaintes en cours contre des dirigeants ou des pays occidentaux pour complicité avec les actes d’Israël ?
  7. Y a-t-il des Juifs pro-palestiniens ?
  8. A-t-on le droit, en France, de dire que les attaques du Hamas sont une conséquence de la colonisation par l’État d’Israël des territoires palestiniens ? Est-ce le cas ?
  9. Peut-on dire que les bombardements israéliens ont pour cause les attaques du Hamas ?
  10. Est-ce qu’on peut imputer une part de la responsabilité des destructions que subit Gaza au Hamas, étant donné que les attaques de ce dernier sont à l’origine des représailles israéliennes ?
  11. Peut-on imputer une part de la responsabilité des attaques du 7 octobre à Israël, étant donné qu’Israël occupe illégalement des territoires palestiniens depuis des dizaines d’années ?
  12. Étant donné qu’Israël a transféré des fonds qataris au Hamas, peut-on dire qu’Israël est partiellement responsable des crimes du Hamas, tant en Israël qu’à Gaza, contre ses opposants palestiniens ?
  13. Est-ce que rechercher les causes de l’attaque du Hamas revient à l’exonérer de ses responsabilités ?
  14. Peut-on dire qu’un État pratique le terrorisme ? Ou, au contraire, seuls les actes des groupes non étatiques peuvent-ils être qualifiées de terroristes ?
  15. Est-ce qu’être antisioniste, c’est être antisémite ?
  16. Quel sens faut-il donner au fait de publier une carte de la Palestine allant « du fleuve jusqu’à la mer » ?
  17. Quel sens faut-il donner au fait de publier une carte d’Israël allant « du fleuve jusqu’à la mer » ?
  18. Les médias français rendent-ils compte de façon satisfaisante du génocide commis par Israël à Gaza ?
  19. Les médias français ont-t-ils rendu compte des horreurs commises par le Hamas ?
  20. Les médias français ont-ils rendu compte de façon satisfaisante des manipulations israéliennes de l’information ?
  21. Les médias français ont-ils rendu compte des manipulations de l’information commises par le Hamas ?
  22. Pourquoi Israël interdit-il l’entrée de journalistes non gazaouis à Gaza ?
  23. Combien y a-t-il eu de morts à Gaza ? Les chiffres du ministère de la santé de Gaza sont-ils fiables ?
  24. Israël est-il un État qui pratique l’apartheid ?
  25. Les attaques du 7 octobre 2023 sont-elles un génocide, comme l’affirme Xavier Bertrand ?
  26. Dans quelles circonstances est-il permis de bombarder des hôpitaux ?
  27. Pourquoi les Palestiniens ne fuient-ils pas par la mer ?
  28. Est-ce qu’Israël a le droit d’arraisonner sur les eaux internationales les bateaux qui cherchent à porter assistance aux Palestiniens ?
  29. Pourquoi les gouvernements arabes ne font pas grand-chose pour Gaza alors que leurs populations sont très majoritairement solidaires des Gazaouis ?
  30. Pourquoi les pays occidentaux ne sanctionnent-ils pas Israël comme ils sanctionnent la Russie ?
  31. Y a-t-il un deux poids deux mesures dans la façon dont la France et l’Europe accueillent les victimes des guerres, selon qu’elles sont, par exemple, ukrainiennes, soudanaises ou palestiniennes ?
  32. Que pouvez-vous nous dire du plan Trump pour Gaza ?
  33. Quelle est, actuellement, la situation à Gaza ?
  34. Est-ce qu’on pourrait échanger des messages avec des camarades palestiniens ?
  35. Que peut-on faire pour aider les Palestiniens ? Peut-on faire une collecte dans l’établissement ?
  36. Le Hamas pensait-il qu’il allait être soutenu par l’Irant et l’Hezbollah ?
  37. Le Hamas anticipait-il l’ampleur de la réponse israélienne ?
  38. Quelle est le regard des Palestiniens sur le Hamas aujourd’hui ? Est-il tenu pour responsable de ce qui s’est passé après son attaque ?
  39. Le Hamas est-il partiellement responsable des crimes qu’Israël a commis en réponse à son attaque ?
  40. Que sait-on des accusations qui ont été formulées contre le Hamas et d’autres groupes palestiniens après les attaques du 7 octobre ? Combien de morts, combien de civils tués, combien de crimes sexuels, etc ?
  41. Que sait-on des connexions du Hamas en Amérique Latine ?
  42. Que sait-on des interventions d’Israël ou de citoyens israéliens en Amérique Latine ?
  43. Jeune Afrique parle de « la palestinisation du monde ». Qu’est-ce que c’est ?
  44. Y a-t-il un risque que le conflit israélo-palestinien soit « importé » en France ?
  45. Que pouvez-vous nous dire de l’antisémitisme en France ?
  46. Quelle est la position des Palestiniens d’Israël sur le conflit israélo-palestinien et sur l’action d’Israël à Gaza ?
  47. L’application du droit au retour combinée avec l’interdiction de l’apartheid signifierait la fin de l’Etat d’Israël en tant qu’état juif. Etant donné que la France défend le droit au retour des réfugiés, peut-on dire que la France est partisane de la disparition de l’ Etat d’Israël en tant qu’Etat juif ?
  48. Où en est-on des procédures judiciaires visant Israël ? Qu’en est-il de celles visant des Franco-israéliens ?
  49. Dans quelles conditions peut-on bombarder un hôpital ?
  50. Pourquoi est-ce que les Palestiniens ne partent pas en Jordanie ou dans les autres pays arabes ?
  51. Est-ce que c’est vrai que les juifs sont surreprésentés dans les médias ?