J’ai reçu ce courrier, qu’Esteban Nierenstein a envoyé Antonia Larne le 32 mars/avril 2030. EN et AL travaillent à Timburbrou.
Bonsoir Antonia,
Je me permets de te déranger car je suis fort troublé par ce que je découvre en me plongeant dans le travail de notre collègue Théo Cohen.
Je crois que faire un pas de côté en regardant les choses du point de vue du droit m’aidera à exposer ce qui me préoccupe.
Notre collègue propose, dans son dossier, une citation de Ben Gourion :
« Ce ne serait pas faire un acte de justice de rapatrier les arabes à Jaffa mais une folie. Ceux qui nous ont déclaré la guerre doivent en supporter le résultat après avoir essuyé une défaite ».
L’article 7 du Statut de la Cour pénale internationale, repris par l’article 212-1 du Code pénal français, fait de la déportation ou du transfert forcé de populations un crime contre l’humanité : https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/2002/586/fr#art_7
L’article 24 de la loi du 29 juillet de 1881 sur la liberté de la presse réprime l’apologie des crimes de guerre : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000006419709/1952-03-27
Le mot apologie n’est pas défini, mais la 17ème chambre correctionnelle à Paris a jugé en 2002 que l’apologie pouvait s’entendre du « discours qui présente un crime de guerre de telle sorte que le lecteur est incité à porter sur ce crime un jugement de valeur favorable effaçant la réprobation morale qui, de par la loi, s’attache à ce crime. »
En parallèle de la citation de Ben Gourion, notre collègue fait porter les chiffres du récit de la Nakba par un texte militant et non par un historien comme Ilan Pappé (The Ethnic Cleaning of Palestine). Notre collègue a, auparavant, fait comprendre à ses élèves que les documents militants sont moins fiables que ceux issus du monde académique.
Le dispositif de notre collègue présente deux problèmes majeurs : il donne à lire un texte qui fait l’apologie d’un crime contre l’humanité sans permettre aux élèves de comprendre que tel est le cas et il met les élèves dans une situation dans laquelle ils feront probablement eux-mêmes l’apologie de ce crime, lorsqu’ils argumenteront en faveur de la partie israélienne, sans savoir ce qu’ils sont en train de faire.
Bien à toi,
Esteban