Le Directeur académique des Services de l’Éducation nationale (DASEN) du Nord nous a écrit pour nous dire que nous avions réussi au-delà de tout ce que l’on pouvait espérer. Notre « réussite » a, pourtant, un goût amer.

A Lille, le mercredi 15 avril 2020.

Monsieur le Dasen Bessol,

Nous notons avec satisfaction que nous avons réussi au-delà de tout ce que vous pouviez espérer1.

Nous aimerions savoir quelles étaient vos attentes et quels indicateurs vous avez utilisés pour mesurer notre réussite. Les connaître nous serait assurément utile pour maintenir le niveau d’excellence que nous avons atteint au cours de ces semaines. Cela nous éviterait aussi de craindre que vos mots tiennent davantage de la flatterie ou de l’auto-complaisance institutionnelle que du constat étayé. Vous le savez, monsieur le Dasen, notre métier nous conduit à nous remettre constamment en cause. Nous n’avons jamais entendu (sauf sous forme de boutade) un collègue dire en salle des professeurs qu’il avait réussi au-delà de tout ce que l’on pouvait espérer.

Nous notons aussi qu’avec lucidité, vous ne vous incluez pas dans cette réussite que vous saluez. Avec lucidité, car vous, c’est-à-dire, notre administration, avez échoué.

Vous avez échoué à faire fonctionner correctement l’ENT, à maintenir la continuité du service public d’éducation, à tenir un discours clair et à faire en sorte que les élèves les plus fragiles ne soient pas particulièrement lésés dans la période difficile que nous vivons.

Nous ne saurions vous reprocher les défaillances inévitables devant une situation inédite. Mais nous avons le sentiment que ce qui a guidé votre action n’a pas été le souci de la continuité du service public d’éducation, mais celui, fort différent que vous dictait votre propagande. Le CNED est prêt, nous a-t-on dit et répété. Or, des jours précieux ont été perdus à mettre en place des cours synchrones auxquels, faute de conditions appropriées, une partie non négligeable de nos élèves ne pouvait assister. Puis, des saboteurs se sont introduits dans nos salles virtuelles et ont semé le désordre. Les déclarations ministérielles sur la notation et sur le baccalauréat ont engendré confusion et stress et, inévitablement, nous ont décrédibilisés. Aujourd’hui, nous sommes nombreux à constater que fort peu de travaux sont rendus.

Réussite ? Nous avons certes réussi, nous, enseignants, à rester mobilisés et à ne pas baisser les bras malgré un environnement chaotique. Cela est un succès collectif. Mais la société était en droit d’attendre davantage de son École. C’est un constat qu’il nous faut admettre et que ne saurait effacer votre lettre. Notre « réussite » a, aujourd’hui, un goût amer.

Vous comprendrez donc à quel point il serait important pour nous que vous nous communiquiez, ainsi que demandé plus haut, l’ensemble des études et évaluations qui vous conduisent à affirmer que nous avons réussi au-delà de tout ce que vous pouviez espérer.

Nous nous demandons, enfin, si nous avons bien compris le sens du dernier paragraphe de votre lettre. Il y est question de reprendre notre activité dans les meilleures conditions. Nous souhaitons vous informer, à toutes fins utiles, que notre activité ne saurait être reprise, car elle n’a jamais cessé.

Nous vous prions d’agréer, monsieur le Dasen Bessol, l’expression de notre attachement au service public d’éducation.

Sebastián Nowenstein,

pour la liste d’Union.

1La lettre que nous a adressée le Dasen Bessol est consultable ici : http://sebastiannowenstein.org/wp-content/uploads/2020/04/Lettre-du-DASEN-Bessol-aux-enseignants-du-département-du-Nord.pdf

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