Nous avons rencontré Grâce Al-Astaka (ou Aztka) pour son dernier livre, non encore écrit, La (néo)laïcité contre l’École. La sortie du livre d’Al-Astaka a été prévue par Google pour le premier trimestre de 2021. Notre discussion avec Al-Astaka a eu lieu dans le futur.

Grâce Al-Astaka est enseignante depuis longtemps. Elle l’est, dit-elle, depuis toujours. Elle n’a jamais rien fait d’autre que d’enseigner, martèle-t-elle.

Et c’est pour pouvoir continuer à l’être qu’elle a écrit ce livre, son livre, son unique livre, puisque, jusqu’à maintenant, elle n’a jamais rien écrit d’autre que des cours (et quelques courriers), puisqu’elle elle est prof, prof jusqu’aux os, pas écrivain, pas écrivaine, insiste-t-elle.

Grâce en a assez. Elle est fatiguée de la laïcité. Elle considère que la laïcité, que l’obsession pour la laïcité détruit l’École. Non seulement parce que pendant qu’on parle de la laïcité, on ne fait pas cours, mais, surtout, parce que l’obsession pour la laïcité discrédite l’École, qui devient de moins en moins un lieu de transmission de savoir et de plus en plus un lieu d’endoctrinement.

Alors, pour sauver son École, Grâce a décidé d’écrire. Grâce me corrige, avec modestie : elle ne va sauver personne, elle aspire juste à ne pas être en contradiction avec elle-même, à pouvoir se regarder chaque matin dans son miroir.

Avant de publier son livre, Grâce écrivit à ses supérieurs hiérarchiques pour les interroger au sujet de loi sur le foulard. On ne lui répondit pas. Quand l’École devint Charlie, elle écrivit à ses supérieurs pour leur dire que non, que chacun pouvait être autant Charlie qu’il voulait, mais que l’École, en tant qu’institution ne pouvait pas être Charlie. On ne lui répondit pas. Grâce écrivit plusieurs lettres, que le livre reprend en annexe. On ne lui répondit pas.

Soyons précis. On lui répondit une fois. Par recommandé. Pour la sommer d’arrêter, puis pour l’inviter au Rectorat. Grâce avait publié ses lettres dans un blog. Cela ne plaisait pas au Recteur. On lui dit que, la parole rectorale s’étant exprimée sur le sujet, elle devait arrêter d’écrire et de publier ses lettres. Elle n’en fit rien. On ne lui fit rien. On la laissa tranquille. On n’a pas dû la juger digne de la colère rectorale.

La laïcité, donc. La néolaïcité, corrige Grâce.

La laïcité initiale, cela allait. La séparation de l’Église et de l’État, pas de problème. C’est quand la laïcité est devenue identitaire que les soucis ont commencé.

Interrogée sur la concomitance entre la sortie de son livre et celle d’un ouvrage sur le même sujet commis par le ministre de l’Éducation nationale sur la laïcité, Grâce ne nie pas qu’elle a cherché à combattre le propos d’un homme qui, mieux que d’autres, incarnait à ses yeux la transformation d’un bel idéal en une forme de religion civile excluante et intolérante.

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