Qui est DM ?

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http://sebastiannowenstein.blog.lemonde.fr/2018/01/31/ecriture-collaborative/
 

Traduction d’un article du Correo de Utrera du 22 mars 2045.

El Correo de Utrera, le 22 mars 2045.

Qui est DM ?
Dans l’affaire du Physarum polycephalum (l’affaire du blob, comme on dit d’ordinaire), les initiales du nom d’un jeune sévillan reviennent de façon répétée : DM. Qui est DM?
DM est Diego Márquez, un jeune homme né dans notre ville. Il est le fils d’Eva Gómez et de Diego Luna. Nous le révélons maintenant, à la demande de la famille, pour mettre un terme aux spéculations incessantes qui troublent la vie de nos concitoyens.
Diego Márquez, on le sait, fait face à des accusations graves. Il est soupçonné de s’être emparé de souches de blob et d’en avoir fait commerce. En outre, avec d’autres camarades, il aurait mis en place un système de paris clandestins fondé sur des affrontements entre blobs. Enfin, il est soupçonné d’avoir modifié génétiquement certains spécimen pour accroître leurs performances ou leur agressivité. Les preuves contre Diego seraient accablantes, entend-on du côté du procureur (la Fiscalía).
Et pourtant, l’incrédulité règne à Utrera. Nous avons rencontré les enseignants de Diego, ainsi que ses anciens camarades. Nous avons parlé avec ses voisins et tous confirment ce que nous disent ses parents en nous montrant sa chambre dont les murs sont tapissés de livres : c’est impossible. Ce jeune homme féru de littérature, cet amoureux d’Octavio Paz et de Borges ne peut pas être le Diego Márquez qui, depuis trois mois, est en détention préventive. Eva Gómez évoque devant nous les loisirs d’un garçon qui n’aimait pas le sport et qui passait son temps à lire. Elle nous parle de sa joie humble lorsqu’il s’est aperçu qu’un enseignant français reprenait ses notes sur des textes de Paz, Borges ou Alberti dans son blog…: peu lui importait que l’on ne le cite pas, ce qui comptait, expliquait-il à sa mère, c’était qu’on lise ses textes. Son père, argentin, raconte avec un sourire, sa frustration de ne pas pouvoir l’initier au football et à ses joies, car seule comptait, pour le garçon, la littérature.
Nous nous sommes rendus dans le lycée de la capitale andalouse où Diégo avait été accepté en raison de ses excellentes notes. Enseignants et élèves font montre de la même incrédulité : Diego, trafiquant de blobs ? Pfft, lâchent-ils, ¡venga ya!, comme ils disent.
Et il semblerait qu’en Islande, le profil des inculpés soit tout aussi improbable. L’hypothèse d’une vaste conspiration de jeunes gens studieux qui voudraient s’enrichir en trafiquant avec du Polycephalum suscite autant de scepticisme à Reykjavík qu’à Utrera, nous dit Páll Gíslason, journaliste chez eyja.com

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