Monsieur Philippe Clerc,

Président du Conseil d’Administration de l’Association internationale francophone d’Intelligence économique, (AIFIE),

Enseignant dans le secondaire, j’enquête sur l’affaire Sandoval, du nom de l’un des fondateurs de votre association et son vice-président pendant des années.

Monsieur Sandoval vient d’être extradé par la France vers l’Argentine, son pays d’origine, où il est poursuivi pour crimes contre l’humanité. Le Monde diplomatique et la presse colombienne, nous informent que monsieur Sandoval a été conseiller politique d’une organisation terroriste d’extrême-droite les Autodéfenses unies de Colombie (AUC), responsable de près de 150.000 morts en Colombie et de 80 % des assassinats de civils pendant le conflit qui a ravagé ce pays.

Mon enquête cherche à établir dans quelles circonstances un homme tel que Sandoval a réussi à exercer des fonctions prestigieuses dans le monde académique, ainsi que dans le domaine de l’intelligence économique, où vous évoluez, où vous avez évolué pendant des années en collaborant avec monsieur Sandoval. Dans un article récent, le professeur Merklen pose avec précision la problématique, ou, à tout le moins, une partie de la problématique :

Comment cela a été possible ? De quels appuis individuels ou de quels réseaux un tortionnaire de la dictature argentine, qui s’installe en France dès le milieu des années 1980, a-t-il pu bénéficier pour obtenir des charges de cours dans de nombreuses institutions privées et publiques ? Comment expliquer qu’il puisse se retrouver au plus près des arcanes du pouvoir au milieu des années 2000, alors que son identité et son action étaient à l’époque connues ?

Auriez-vous l’obligeance, monsieur Clerc, de répondre aux questions qui figurent dans l’annexe joint à cette lettre? Je suis convaincu que vos réponses permettront de mieux comprendre la carrière française de Sandoval. Il semble, en effet, que l’AIFIE ait eu un rôle considérable dans l’étonnante réussite d’un homme dont les écrits1 frappent d’emblée par leur orthographe incertaine, par la difficulté de leur auteur à s’exprimer avec correction et par la médiocrité ou insignifiance intellectuelles évidentes qu’ils révèlent. On est obligé de noter, dans tous les cas, l’insistance avec laquelle monsieur Sandoval se prévalait de sa qualité de vice-président de votre association.

Les questions qu’éveille votre longue collaboration avec monsieur Sandoval sont nombreuses et celles que je vous soumets n’épuisent pas le sujet, loin de là. Peut-être préférerez-vous vous détacher de ces questions pour exposer à votre manière ce qui fut votre longue collaboration avec monsieur Sandoval ? Si tel est le cas, permettez-moi de vous suggérer trois axes qu’il me paraît particulièrement important d’évoquer :

– la genèse de votre relation avec monsieur Sandoval et la nature de cette dernière,

– votre degré exact de connaissance des activités de votre associé auprès de l’appareil répressif et argentin et auprès des AUC,

– votre réaction après la découverte desdites activités et la fin des fonctions de monsieur Sandoval au sein de votre organisme et

– la tension qu’il semble y avoir dans le cas Sandoval entre la prétention qui est la vôtre d’agir de façon éthique et celle de le faire de façon intelligente, qui est implicite dans les mots que vous utilisez pour définir votre activité. Il semble, prima facie, qu’une intelligence basique rende impossible d’ignorer les activités de monsieur Sandoval citées plus haut et qu’un sens éthique minimal interdise de collaborer avec un tel homme ou de lui fournir des tribunes.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, monsieur Clerc, l’expression de mes salutations respectueuses,

S. Nowenstein,

professeur agrégé.

ANNEXE

Questions au sujet de votre collaboration avec monsieur Sandoval.

Quand et dans quelles circonstances avez-vous fait la connaissance de monsieur Sandoval ?

A quand remontent vos derniers contacts avec monsieur Sandoval ?

Quand avez-vous su que monsieur Sandoval avait fait partie de l’appareil répressif de la dictature argentine ?

Quand avez-vous su que monsieur Sandoval conseillait le groupe terroriste AUC ?

Considérez-vous que monsieur Sandoval ait été un expert en intelligence économique ?

Pouvez-vous citer un travail quelconque de monsieur Sandoval dont vous estimeriez qu’il est de qualité ou dont vous estimeriez qu’il s’insère honorablement dans le champ de réflexion de l’intelligence économique ?

Avez-vous évoqué avec monsieur Sandoval les poursuites dont il faisait l’objet et ses activités en Colombie ?

Depuis quand monsieur Sandoval n’est plus vice-président de votre association ?

De quelle façon et à l’initiative de qui a-t-il été mis fin à la qualité de vice-président de votre association de monsieur Sandoval ?

Se conçoit-il qu’une organisation spécialisée dans l’intelligence économique ignore que son vice-président fait l’objet d’une demande d’extradition pour crimes contre l’humanité et qu’il est conseiller politique d’une organisation terroriste particulièrement féroce alors que ces informations sont disponibles dans la presse ? Cela a-t-il été le cas de votre association ? Si oui, pensez-vous que la crédibilité de votre organisation et la vôtre, personnellement, en tant qu’expert, en soit atteinte ?

Avez-vous réagi publiquement à l’extradition de monsieur Sandoval et/ou à la divulgation d’informations le concernant ?

Pensez-vous que vous soyez dans l’obligation morale de le faire ?

A votre connaissance, monsieur Sandoval a-t-il disposé d’appuis et de soutiens particuliers au début de sa carrière française et tout au long de celle-ci ?

1Voir son blog http://prospections.blogspot.com/

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